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Est-ce qu’il y a quelque chose de plus horrible que quelqu’un qui s’adresse à vous à la troisième personne ?

–  » Il va bien ? »

– « Qu’est-ce qu’il lui faudra ? »

– « On a besoin de quelque chose ? »

– « Elle s’est bien passée cette coloscopie ? »… hm oui bon ça ok, non.

Pire, lorsque vous parlez avec vos collègues, des amis ou des commerçants, il ne vous viendrait JAMAIS à l’esprit de parler de vous en parlant à la troisième personne et en vous décrivant selon votre fonction.

– « Laisse, l’assistant comptable, il va s’en occuper »

– « Bonjour, le client il voudrait une demi-baguette pas trop cuite »

– « Écoute ce que l’ami d’enfance un peu bourré, il te dit à propos de ta nana qui est chiante. »

Bizarre, hein ?

Alors, est-ce que l’on peut m’expliquer ce qui pousse des gens, par ailleurs bien sous tous rapports, à parler de la sorte… à leurs enfants ?!

Quel démon du langage peut bien passer dans la tête de ces parents pour qu’il parle de la sorte ? Chaque fois que j’entends un « laisse papa il va faire », « Maman te demande d’écouter », « Attention, papa va se fâcher » j’ai des allergies qui apparaissent sur la peau.

Vous pouvez dire que j’en fais trop, que ce n’est qu’un détail ou qu’une façon de parler culturellement répandue… mais justement, c’est bien là le problème ! Parce que je trouve que c’est précisément révélateur de la façon dont beaucoup de parents considèrent leurs enfants ; dans un rapport de forces dominant/dominé qui ne peut provoquer que des injustices à sens unique.

Je m’explique. Lorsque vous vous adressez à un enfant en lui rappelant sans cesse votre fonction (Luke, je suis ton père), vous lui rappelez alors implicitement qu’il est l’enfant. Encore, et toujours ! Ce n’est pas la meilleure manière de l’emmener vers l’autonomie puisque finalement il ne reste qu’un enfant.

476945635D’autre part, si vous parlez de la sorte, vous créez également de la distance puisque vous parlez de vous-même à la troisième personne avec l’horrible « il » ou « elle »…sans compter la lourdeur syntaxique. Vous n’êtes pas le gentil papounet, mais le « il » pater familias duquel on ne peut attendre que de l’autorité.

Bon, ok, j’en fais sûrement un peu trop mais ça n’enlève rien du propos : vos enfants apprennent le monde à travers ce qu’ils en perçoivent, et ils apprennent à parler en VOUS imitant. Ce qui veut dire que s’ils ont l’image de vous comme étant un adulte perché sur son trône de certitudes et de lois rigides, ils se percevront peut-être intrinsèquement que des êtres amoindris en quête de reconnaissance éternelle. Sans compter qu’ils perçoivent aussi rapidement qu’il y a la façon dont on parle à un adulte ou un grand enfant, et celle pour les bébés… ce qui leur donnent le droit de faire des caprices, vu qu’ils ne sont que des bébés.

Alors, comment parler à son enfant ? Comme vous parleriez à n’importe qui d’autre ! Ne modifiez en rien votre façon de parler, votre vocabulaire ou votre grammaire. Dites

– « Je vais le faire »

– « Je te demande de m’écouter »

-« Je vais me fâcher »

-« Je voudrais te faire un gros câlin ma petite crapule ! ».485981821

Vous casserez alors cette distance froide et rigide, ce qui n’enlève en rien de l’autorité que vous aurez vis-à-vis de votre enfant. Par ailleurs, vous lui apprendrez tout de suite les bonnes bases de la grammaire et vous lui donnerez rapidement du vocabulaire pour s’exprimer de manière autonome.

Car, au fond, c’est bien de ça qu’il s’agit : pourquoi faites-vous des enfants ? Pour vous donner de l’importance en tant que parent vis-à-vis d’un enfant sur lequel vous pouvez avoir tout pouvoir ou simplement pour avoir le bonheur de donner la vie et de guider cette dernière vers l’autonomie, le respect de soi-même et la liberté de penser ?

En ce qui me concerne, j’ai ma réponse !

Et vous, comment est-ce que vous parlez à vos enfants ?

Photo (c) Natalya Kozyreva – Thinkstock.com

Illustrations (c) ekapanova et (c) Thodoris Tibilis

Tags : comment parler à son enfant ?
Nicolas

The author Nicolas

Nicolas est un papa, Nicolas est un geek, Nicolas est un papa geek ! Mais aussi journaliste, et photographe professionnel.

3 Comments

  1. Je suis d’accord, mais j’ai cru lire qu’il ne s’agit pas d’un rapport de force avec l’enfant, mais d’une absence de notion des 1ere et 2ieme personne de la conjugaison chez le bébé.

    Après je suis pas pédiatre, ni spécialiste… je trouve ça aussi ridicule, et c’est plus devenu une habitude qu’autre chose (bien qu’effectivement, la 3ieme personne, que je n’emploie pas tout le temps avec mon enfant, revient bien plus vite lorsque je donne un ordre…).

    Peut-être faudrait-il creuser du coté de la psychologie chez les petits pour savoir pourquoi on recommande de leur parler ainsi, au début tout du moins.

  2. Petite question qui me vient en lisant cette article. Comment faîtes-vous quand votre enfant vous réponds à chaque fois que vous lui dîtes quelque chose vous rentrez dans une discussion philosophique(discussion jusqu’à ce qu’il accepte vos argument ou bien que vous acceptiez les siens) à chaque fois ou vous lui donnez un argument d’autorité (distance parent-enfant) ?
    Dans le cas premier, je suis admiratif pour votre patience et du temps libre que vous devez possédez pour pouvoir procéder ainsi, Dans le deuxième cas, j’aurais tendance à vous traiter d’hypocrite en reprochant aux autres de mettre de la distance avec leur enfant dans le langage là où vous en mettrez aussi dans la manière de leur parler (même si vous ne leur parlez pas à la troisième personne).

    1. Bonjour,

      merci pour ce commentaire intéressant, mais vous faites un amalgame entre parler correctement avec son enfant, et ne jamais s’énerver contre son enfant !
      Je n’ai jamais dit que je suis un genre de demi-dieu de la patience et que jamais je n’hausse le ton lorsque ma fille fait une bêtise.
      Bien au contraire, comme tous les parents je préviens, je m’énerve, je punis… normal quoi. Mais évidement, je le fais toujours essayant d’être le plus juste possible, en expliquant le pourquoi du comment, et en montrant où sont les limites.

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